La grande uniformisation du monde

Je n'aime pas les frontières. Ca signifie que j'aime découvrir d'autres cultures, rencontrer des gens qui ne pensent pas comme moi, m'enrichir des différences qui existent dans le monde entier. J'apprécie les mélanges. C'est aussi pour ça que les moyens de communication moderne me fascinent, ils permettent de rapprocher les gens, de faciliter cette découverte. On parle de l'internet comme du "village global", communauté mondiale de personnes qui communiquent, qui échangent des informations. Très bien. Mais il y a un problème, qui me tourmente de plus en plus, parce qu'il montre que cette belle utopie peut nous mener vers un monde atroce, nivelé et standardisé à l'extrême, dans lequel la différence n'existera plus.

Quand je voyage dans les autres pays, il y a une chose qui me frappe, et plus les années passent, plus je le remarque. C'est un constat très simple. A l'étranger, et même dans des pays a priori très différents du notre, on retrouve de plus en plus souvent des endroits, des comportements dont on a l'habitude, parce qu'ils existent chez nous. Quand j'habitais à Madrid, pour acheter de quoi manger, j'avais le choix entre deux endroits de mon quartier. Le premier était une petite épicerie traditionnelle espagnole, avec des boites de conserve, jambons, saucissons, fromages qui recouvrent les murs et montent jusqu'au plafond, où l'epicier vous demande ce que vous voulez, vous conseille, discute cinq minutes avec vous. Le deuxième était un mini supermarché, agencé de la mÍme façon que n'importe quelle supérette française, allemande, italienne ou américaine, avec les mÍmes produits standardisés, dans lequel vous pouvez acheter vos trucs et partir sans avoir dit un seul mot.

Et je ne parle mÍme pas des exemples les plus voyants de l'uniformité mondiale, Mc Donald's et autres chaines de restauration rapide. A la limite, vous pouvez passer des mois dans un pays inconnu sans même prononcer une parole dans la langue du cru, sans jamais voir des billets de banque locaux, sans vous mélanger avec les gens, et sans changer vos habitudes.

De la mÍme façon que les commerces, les modes se répandent au niveau mondial. A Bamako, a New-York ou a Tokyo, tout le monde s'habille pareil, ou presque. Les vêtements traditionnels ne sont là que pour les photos des touristes. Plus grave, les cultures et les modes de pensée s'uniformisent aussi. Qui n'a pas vu un film avec Stallone, écouté une chanson des Stones ou de Nirvana, lu un bouquin de Stephen King? Qui sur cette terre croit encore à une alternative sérieuse à l'économie de marché, au capitalisme? La télévision, celle-là mÍme qui devrait nous libérer en nous ouvrant au monde, n'est qu'une vaste entreprise de décervelage à l'échelle de la planète. Elle pourrait être un fabuleux moyen pour mettre la culture à la portée des gens, mais non, elle sert avant tout à vous vendre des produits.

Le monde risque de devenir vraiment triste. Il ne servira plus à rien de voyager, puisque tout sera pareil ailleurs. Les gens penseront tous la même chose, auront tous la même culture, parleront tous la même langue. Le plus insupportable, c'est que cette uniformisation se fait suivant le modèle américain. Et les entreprises, puisque le fric est le vrai moteur du monde, se frotteront les mains d'avoir des milliards de clients aussi standardisés. On n'est pas loin des sociétés "parfaites" décrites dans certains bouquins de science-fiction.

Le paradoxe est immense. Les moyens de communication nous ouvrent au monde, et en mÍme temps nous plongent directement dans le cauchemar d'un monde standardisé.





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